Gabard, Ernest (1879-1957)

Aquarelle n°12 des Carnets d’Ernest Gabard, 27 décembre 1915

1. Le témoin

Né le 19 mai 1879 à Pau (Basses-Pyrénées, aujourd’hui Pyrénées Atlantiques). Ecole des Beaux-Arts à Paris. Revenu à Pau comme sculpteur. Après la guerre, de retour dans le Sud-Ouest, il réalisa une quinzaine de monuments aux morts qui, d’après les éditeurs du livre cité ci-dessous, participent « de la réprobation silencieuse de cet artiste patriote face à la guerre ».

2. Le témoignage

Ernest Gabard, Carnet de guerre, Aquarelles, novembre 1915 – avril 1916, Pau, CDDP des Pyrénées Atlantiques, 1995, 60 p.

Sergent au 270e RI, il avait sur lui un petit carnet (format 18×14), support de 42 aquarelles. L’édition est due au travail de professeurs d’histoire et de géographie et d’arts plastiques, avec le concours du CDDP de Pau.

3. Analyse

Ces aquarelles donnent à voir les tranchées, les sapes et les abris, les bombardements, la protection contre les gaz, le cantonnement et les loisirs, les blessés et les postes de secours, l’appel après une attaque. En Argonne, entre Sainte-Ménehould et Verdun (carte de localisation, p. 51) entre novembre 1915 et avril 1916.

Aquarelle n°14 des Carnets d’Ernest Gabard, 29 décembre 1915.

Rémy Cazals, 11/2007

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Gueugnier, Charles (1878- )

1. Le témoin

Charles Gueugnier est né le 5 novembre 1878 à Sétif (Algérie) de François Gueugnier et Carmen Calleya. A 20 ans, il part en Angleterre où il est cuisinier. La guerre le surprend chef de cuisine de l’amiral anglais Berkeley-Milne commandant en chef de l’escadre britannique en Méditerranée. Ce dernier lui propose d’être incorporé dans les forces britanniques mais il décline la proposition et rejoint son régiment, le 4e Zouaves, le 3 août 1914. Charles Gueugnier, fait prisonnier le 12 octobre 1914 au Chemin des Dames, est interné au camp de Merseburg (Saxe). En mai 1918, bénéficiant des accords de Berne, il est libéré du camp et transféré en Suisse, en semi-liberté. Il rentre en Algérie à la fin de 1918, mais sa trace est perdue après la guerre.

2. Le témoignage

A partir du 12 octobre 1914, Charles Gueugnier écrit tous les jours sur des feuillets qu’il cache. Il les recopie sur des cahiers pendant son séjour en Suisse à partir du 4 juin 1918 et continue à écrire régulièrement en Suisse, plus épisodiquement après son retour en Algérie jusqu’à sa démobilisation le 3 mars 1919. Ces neuf cahiers ont été conservés par la famille. De larges extraits des cahiers ont été publiés sous le titre Les carnets de captivité de Charles Gueugnier 1914-1918, présentés par Nicole Dabernat-Poitevin, Toulouse, Accord édition, 1998, 239 p., illustrations.

3. Analyse

La durée du séjour, 4 ans, dans le même camp est tout à fait exceptionnelle et apporte un intérêt accru à son témoignage. Le souci continuel de l’auteur de préserver ses notes souligne sa volonté de ne rien oublier de ses années d’enfermement. De son poste d’observation, de sa situation particulière d’interprète (puisqu’il parlait anglais), il donne une photographie du camp dans le temps, en montrant les liens ou l’animosité entre les prisonniers de différentes nationalités, selon l’importance des groupes, mais aussi l’évolution des rapports entre les prisonniers et les Allemands. A travers ses notes, on repère les différents mouvements de prisonniers vers d’autres camps ou détachements de travail. Le moral des troupes françaises affleure avec l’arrivée de nouveaux prisonniers qui sont, pour ceux du camp, une source d’information sur l’évolution de la guerre. Il note scrupuleusement la météo quotidienne et les menus. Très affecté par une faim permanente, il dresse un panorama de toutes les aides destinées aux prisonniers à travers ses attentes de colis, des envois de pain et des avatars de l’acheminement. On retrouve, comme souvent dans la littérature des prisonniers, les distractions du camp, le commerce interne voire un marché aux puces. Pendant son séjour en Suisse, il décrit les ravages de la grippe parmi les prisonniers qui avaient bénéficié d’un internement ou d’une hospitalisation dans ce pays.

Ce témoignage fourmille de détails au quotidien qui donnent un bon aperçu de la vie d’un camp de prisonniers de guerre.

Nicole Dabernat-Poitevin, 12/2007

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Vandrand, Élie (1893-1916)

1. Le témoin

Né le 30 septembre 1893 à Antoingt (Puy-de-Dôme) dans une famille de cultivateurs bientôt installés comme fermiers à Vodable près d’Issoire. Certificat d’études primaires. Il est en train d’effectuer le service militaire au 105e RI lors de la mobilisation.

2. Le témoignage

« Il fait trop beau pour faire la guerre », Correspondance de guerre d’Élie Vandrand, paysan auvergnat (août 1914 – octobre 1916), réunie et présentée par Marie-Joëlle Ghouati-Vandrand, Vertaizon, La Galipote, 2000, 335 p., illustrations. Les 288 lettres écrites à ses parents constituent un de ces témoignages longtemps restés dans les armoires des familles paysannes et qui sortent enfin pour nous donner leur vision de la guerre.

3. Analyse

Elie Vandrand ne part qu’avec le régiment de réserve, le 305e. Sergent en mai 1915. Dans l’Aisne de septembre 14 à février 16 ; en Champagne de février à mai 1915 ; à Verdun en juin ; dans les Vosges de juillet à septembre ; à nouveau à Verdun où il est tué le 26 octobre 1916 au nord-ouest du fort de Vaux.

Comme Louis Barthas, Élie Vandrand décrit les brimades et les exercices stupides, le gaspillage de vies humaines, les trêves tacites, les stratégies d’évitement et le patriotisme des embusqués, les mensonges des journaux, la précoce démoralisation, le grand désir de paix. La patrie, c’est « le pays », c’est-à-dire Vodable, la famille, les amis, le ferme et le travail des champs : « Je m’intéresse davantage à ce que vous faites au pays qu’à veiller le boche. »

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Chaïla, Xavier (1886-1961)

1. Le témoin

Né le 7 mai 1886 à Brousses (Aude), fils d’Auguste Chaïla et de Marie Sagnes. Sorti de l’école primaire avec un bon niveau, mais sans le certificat d’études. Travaille au moulin à carton de son père. Célibataire en 1914. Son frère cadet Louis est tué le 25 juin 1917 à Hurtebise sur le Chemin des Dames. Xavier Chaïla a obtenu une citation à l’ordre de la Division, portée sur sa fiche matricule : « Brancardier très courageux et dévoué, s’est distingué dans la période du 16 au 28 avril 1917 en soignant et en transportant un grand nombre de blessés sous un violent feu d’artillerie. Croix de guerre et droit au port de la fourragère. » Après la guerre, il se marie et reprend le moulin à carton jusqu’à sa retraite en 1948. Il meurt à Brousses le 8 octobre 1961. Son petit-fils a relancé au moulin la fabrication de papier à l’ancienne.

 

2. Le témoignage

C’est à Craonne, sur le plateau… Journal de route 1914-15-16-17-18-19 de Xavier Chaïla, présenté par Sandrine Laspalles, Carcassonne, FAOL, collection « La Mémoire de 14-18 en Languedoc », 1997, 112 p., illustrations.

Simple soldat, non professionnel de l’écriture, Xavier Chaïla eut un grand souci de préserver ses notes, puis de les recopier au propre pour en faire un récit continu. Sa famille a conservé trois versions successives du texte : sans qu’il y ait de différence fondamentale entre elles, on peut cependant en étudier les variantes et les inflexions.

 

3. Analyse

Xavier Chaïla part dans le 1er Hussards, puis passe au 8e Cuirassiers (mai 1916), régiments qui doivent abandonner les chevaux pour combattre dans les tranchées dans les Vosges et en Lorraine. L’expérience la plus largement décrite est l’offensive du 16 avril 1917, sa préparation, les effets de « la bataille de Craonne ». Xavier Chaïla se trouve précisément à l’est du plateau ; il cite abondamment Berry-au-Bac (en décrivant les tanks incendiés), la ferme du Choléra, la montagne de Reims, puis le mont Cornillet. Il est alors brancardier. En 1918, le voici en Champagne et dans la Somme. Evacué en avril pour maladie, il revient en mai (bataille de Villers-Cotterêts) ; en juillet il est à Verdun puis participe à la poursuite. Le 11 novembre, à Mézières, il décrit des « exécutions » : « La population faisait justice de ceux qui avaient fraternisé avec les Boches pendant l’occupation ou qui avaient servi d’espions. » Les dernières pages concernent l’installation sur la rive droite du Rhin. L’auteur livre un récit très simple, contenant peu de prises de position, qui contribue à la connaissance de la guerre vécue par les simples soldats. Il se termine ainsi (21 mars 1919) : « Le cauchemar est fini. Une vie nouvelle qui va recommencer, et le plus beau pour les survivants de l’hécatombe : La Liberté. »

 

4. Autres informations

– Registre matricule, Archives de l’Aude, RW520.

– Sandrine Laspalles, Un cartonnier sur le plateau de Craonne. Journal de Xavier Chaïla (1914-1918), mémoire de maîtrise, Université de Toulouse II, 1997.

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Bousquet, Joseph (1889-1917)

 

1. Le témoin

Né en 1889 à Villelongue-lès-Béziers (Hérault) dans une famille de viticulteurs aisés. Catholique pratiquant et même dévot. Marié en 1912, deux enfants. Joseph Bousquet est tué le 20 août 1917 lors d’une attaque à Samogneux (Meuse). Sa tombe n’a pas été retrouvée.

 

2. Le témoignage

Joseph Bousquet, Journal de route 1914-1917, Bordeaux, Éditions des Saints Calus, 2000, 115 p., illustrations. Postface de C. Malécot.

 

3. Analyse

Joseph Bousquet arrive dans la zone du front en Lorraine le 10 août 1914 avec le 55e RI qui va ensuite dans les parages de Verdun, puis en Argonne au printemps 1915, en Champagne en septembre. Comme Barthas, il est à la cote 304 à Verdun en mai 1916. Il a été successivement brancardier, ordonnance d’un lieutenant, mineur, simple soldat au petit poste (« on les entend tousser »), caporal en novembre 1915.

Sur ses carnets, il note sa compassion pour les habitants chassés de leurs villages détruits, pour les morts français et allemands. Il décrit l’exécution d’un déserteur. Il rapporte les mêmes brimades que Barthas et dénonce les pressions exercées sur les combattants pour qu’ils souscrivent à l’emprunt de Défense nationale, et le gouvernement français (« bandits ») qui refuse les négociations de paix en décembre 1916. Dès la fin d’août 1914, il dit son horreur de la vie qu’il est obligé de mener ; il le répète à plusieurs reprises et signale la démoralisation précoce des soldats qui marchent quand même : « Tout le monde demande la paix à grands cris, moi le premier » (8 janvier 1915).

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Caubet, Georges (1887-1964)

1. Le témoin

Né à Toulouse le 12 octobre 1887. Fils de Baptiste Caubet, cheminot, et de Marie Ponsole, qui tient un petit café-restaurant. Ecole normale de Toulouse, de 1904 à 1908. Instituteur à Lagraulet en 1908. Marié, il a une fille unique. Sergent au 214e RI, 67e Division, celle du docteur Paul Voivenel. Après la guerre, instituteur à l’école de garçons de Fenouillet (Haute-Garonne), de 1919 à 1926, puis à Toulouse. Georges Caubet est mort à Toulouse le 9 mars 1964.

2. Le témoignage

Georges Caubet, Instituteur et sergent, Mémoires de guerre et de captivité, présentés par Claude Rivals, Carcassonne, FAOL, collection « La Mémoire de 14-18 en Languedoc », 1991, 135 p., illustrations.

De ses notes prises pendant la guerre, Georges Caubet a tiré trois récits rédigés : « Mes souvenirs sur Verdun – Cumières, Chattancourt, le Mort Homme » (février-mars 1916) ; « Comment je fus fait prisonnier » (8 juin 1918) ; « Six mois de captivité » (juin-décembre 1918). On sait par ailleurs qu’il fut blessé par éclat d’obus le 13 septembre 1916.

Important appareil critique par Claude Rivals, professeur de sociologie à l’université de Toulouse II.

3. Analyse

Le récit de Georges Caubet contient une description « classique » de l’enfer de Verdun, puis du poids de la faim en Allemagne, sur les civils, les soldats, les prisonniers. Il se caractérise par les jugements les plus variés sur les Allemands (combattants et gardiens, soldats et officiers, civils et civiles…) en fonction des multiples situations vécues sur le front, en marche vers la captivité, au travail près des lignes de tranchées en contravention avec les conventions de La Haye, enfin dans les camps de Dülmen et de Cottbus.

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Birot, Louis (1863-1936)

1. Le témoin

Louis Birot est né à Albi (Tarn) le 7 octobre 1863. A la mobilisation, vicaire général de Mgr Mignot et archiprêtre de la cathédrale d’Albi, il a 51 ans. Il est une figure du catholicisme démocratique et social. Il part à la guerre pour assumer son statut de prêtre-citoyen, comme aumônier des ambulances de la 31e Division. Louis Birot est mort à Albi le 10 septembre 1936.

 

2. Le témoignage

Louis Birot, Carnets. Un prêtre républicain dans la Grande Guerre, texte établi, présenté et annoté par André Minet, Albi, FSIT, 2000, XVI + 333 p., illustrations.

Dans l’édition de ses écrits du temps de guerre, les carnets occupent la plus grande place. Ils apportent la vision la plus spontanée, mais même les lettres dénoncent parfois la « folie du monde » qui entraîne tant de pertes et l’attitude des gouvernements qui ne veulent pas faire la paix. Les homélies, à la fin du volume, sont plus traditionnelles.

 

3. Analyse

L’aumônier, à la fin d’août 14, a intercédé pour sauver une vingtaine de coupables de mutilation volontaire. Il est à même de dénoncer le monstrueux gaspillage de vies humaines et l’insuffisance de la liaison inter-armes ; de condamner l’insuffisance du système de santé et les conseils de guerre spéciaux ; de comprendre ce qu’il peut y avoir de démoralisant dans l’inaction sous le bombardement des tranchées. Il note et explique les contacts avec l’ennemi devenu le voisin, les redditions dans les deux camps ; il décrit des exécutions ; il montre l’aspiration des soldats à la fin quelle qu’elle soit. Même chez ce « Jules II à cheval », on peut discerner la montée de la lassitude, au fil des mois, due à « la fatigue nerveuse accumulée ».

 

4. Autres informations

Les Tarnais, dictionnaire biographique, sous la dir. de Maurice Greslé-Bouignol, Albi, FSIT, 1996 (importantes notices de Jean Faury sur Louis Birot, p.46-47, avec portrait, et sur Mgr Mignot, p. 220-221).

Christianisme et politique dans le Tarn sous la Troisième République, textes rassemblés par Philippe Nelidoff et Olivier Devaux, Presses de l’université des Sciences sociales de Toulouse, 2000, 336 p.

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