Lagasquie, Félix (1866-1941)

Fils de médecin, Félix Laqasquie est né à Marcilhac (Lot) le 23 juillet 1866. Entré à Saint-Cyr, il est devenu officier et a fait un séjour en Algérie. Marié en 1902, il a trois enfants lors de la mobilisation qui le trouve chef de bataillon au 366e RI. Il tient d’abord un carnet sur lequel, le 8 août, il écrit qu’il se sent tout à fait à l’aise dans son commandement de temps de guerre, tellement il a lu, réfléchi et manœuvré. Blessé à la jambe par shrapnel le 25 août, il abandonne le carnet, et son témoignage est désormais entièrement contenu dans les lettres à sa femme et à ses enfants qu’il demande de conserver pour constituer des « archives » de guerre. C’est la raison pour laquelle il n’hésite pas à reproduire, à destination de sa femme, les histoires paillardes racontées par tel autre officier. Il est très souvent critique vis-à-vis des ordres absurdes donnés trop loin des lignes, des Anglais et des troupes hindoues, des travailleurs italiens pris à partie par les poilus, des Chinois peureux, plus tard des Américains peu efficaces. A propos de décorations non méritées : « C’est se moquer du monde. » Certains généraux et officiers trouvent grâce devant lui, mais ni les journalistes, ni surtout les parlementaires qui essaient « de limiter la puissance répressive des Conseils de guerre » et qui sont les vrais responsables des difficultés à Verdun. Ayant tenu garnison en cette ville, il décrit les destructions subies en 1916 et 1917.
La partie la plus originale concerne la période d’octobre 1915 à octobre 1916, quand il est commandant du camp de Châlons avec le grade de lieutenant-colonel. Il doit y accueillir les troupes russes et les préserver de tout ce qui se boit, en particulier l’eau de Cologne. Leur général, Lokhwitzky, « est un homme d’une rare distinction, de haute intelligence et tout à fait charmant. Si les Russes en ont beaucoup comme lui, mais j’en doute, les Allemands sont fichus, aujourd’hui ou demain, quand ils auront du matériel de guerre. » Commander le camp donne beaucoup de pouvoir, y compris celui d’ouvrir une maison publique, mais on est loin de la gloire et de l’avancement. Il revient alors dans une unité du front où il regrette son ancien confort, mais il y a « le soldat Bauger, qui nous sert à table » et les parties de bridge avec les officiers. En décembre 1916, il adresse à ses enfants, dans un style « paternel » dédramatisé, une description du système des tranchées, et se félicite d’avoir eu les honneurs du communiqué pour un coup de main réussi. Plus tard, en avril 1918, il raconte sa visite à la tombe du baron von Richthoffen, fleurie par les aviateurs britanniques. Enfin, il incite ses enfants à garder pour toujours le souvenir du 11 novembre, fin de « la plus grande et de la plus meurtrière Guerre du Monde ».
RC
*« La guerre sans gloire », transcription du témoignage de Félix Lagasquie par ses petits-enfants, exemplaire déposé aux Archives du Lot.

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Péteul, Pierre (1895-1990)

Il est né à Bourg d’Iré (Maine-et-Loire), dans une famille de meuniers « blancs », tandis que cet autre meunier angevin, Pierre Roullet, était « bleu » (voir notice). Pour devenir capucin, il étudie en Belgique. Revenu en France pour la guerre, il passe dans divers régiments de l’Ouest et fait campagne comme brancardier et infirmier au 44e RI, d’octobre 1915 à septembre 1917 lorsqu’il est sérieusement blessé à la cuisse. Son témoignage comprend 52 lettres conservées aux Archives des Capucins à Paris et un récit postérieur publié par Les Amis de Saint- François en 1970. Il décrit les souffrances des combattants, la désorganisation lors de l’offensive allemande de février 1916 sur Verdun, et il comprend que, devant ces horreurs, on peut se demander : « Comment Dieu permet-il cela ? » Il décrit aussi une trêve tacite : les Allemands étant obligés de lancer des grenades lorsque leurs officiers sont présents, ils avertissent les Français en leur jetant d’abord des pierres, ce qui permet à ceux-ci de se mettre à l’abri. En 1919, il devient sergent, puis aspirant au Maroc. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il participe au sauvetage de juifs et, plus tard, il reçoit le titre de « Juste ».
RC
*Gérard Cholvy, Marie-Benoît de Bourg d’Iré (1895-1990). Un fils de Saint-François « Juste des nations », Cerf, 2010.

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Monti, Olivier (1894-1964)

D’une famille corse, Olivier Charles André Monti est né à Paris le 26 décembre 1894. Mobilisé avec sa classe, il tient un journal de guerre sous la forme de six carnets de petit format, qu’il a réunis dans un étui en cuir. Ses enfants les ont retrouvés et retranscrits en rencontrant des problèmes qu’ils n’ont pas toujours surmontés : taupe pour Taube, Knipp pour Krupp, par exemple. Les notes d’Olivier Monti sont parfois laconiques, ainsi en décembre 1917 et janvier 1918 où l’information quotidienne est presque limitée à l’expression : « Il gèle. » La dernière page montre sa fierté d’avoir été assidu : « Beaucoup de mes camarades l’avaient commencé mais presque tous n’ont pu le continuer. » Deux phrases en latin témoignent d’une certaine culture que les transcripteurs ne précisent pas, pas plus que sa profession.
Olivier Monti est mobilisé en septembre 1914. Il arrive sur le front en Champagne et découvre les tranchées le 25 février 1915, avec la pluie, la boue, le quart de jus froid destiné à « réchauffer » les guetteurs. Malade, il est évacué en avril et ne revient sur le front qu’en octobre. En avril 1916, il est agent de liaison. Il connaît les durs moments de Verdun en juillet : lors de la relève, il ne reste que « 21 sur 99 que nous sommes montés ». En avril 1917, il participe aux attaques sur le Mont Téton près de Reims. Le 11 mai, apprenant que son régiment va être dissout (le 207e RI ?), il remarque : « Je voudrais être à la place du drapeau. » Il est affecté à une compagnie de mitrailleuses du 20e RI. Le 28 août, il fait sa demande pour l’aviation et il est accepté en janvier 1918. Il passe alors des examens de santé, il apprend à piloter, fait des essais et accomplit son premier vol en solo le 5 mai. Le 9 mai, en atterrissant, il « casse deux zincs », le sien et un autre qu’il vient emboutir. Cela lui vaut d’être renvoyé au 20eRI, mais en passant par des périodes confuses de fausses permissions et de peines de prison. Notons que les Parisiens étaient avantagés par la proximité de leur domicile des lignes. Notons aussi que la prison peut présenter quelques avantages : « Nous sommes très bien couchés, mieux qu’à la compagnie, de la paille bien propre, mais assez de mouches. Le grand avantage c’est que le matin on fait la grasse matinée tandis que dans les Cies ils vont à l’exercice. Rien à faire, pas de corvées. On nous porte à manger en quantité et l’on touche notre vin. C’est épatant. On fume, on boit et l’on chante. »
Fin août 1918, Olivier Monti décrit le passage de l’Ailette. Le 27 octobre, il note que les avions allemands lâchent peu de bombes et des proclamations contre la continuation de la guerre. Le 30, il s’agit d’une attaque de tanks vers Guise, et Monti bivouaque dans l’usine Godin. Le 7 novembre, il signale le passage des parlementaires allemands, puis l’armistice qui déclenche une joie « générale mais non bruyante ». Suit une période de discipline relâchée, « de cafard et de soûlographie ». En juillet 1919, à Paris, il fait son possible « pour ne pas être désigné pour défiler le 14 courant » et il réussit. Démobilisé le 11 septembre 1919, il note : « Voilà, c’est fini, je suis civil. »
Au cours de ces années de militaire, Olivier Monti a eu l’occasion de signaler plusieurs cas d’officiers pris de boisson, d’autres incapables de lire une carte. La grande originalité de ses carnets est de décrire aussi ses activités en permission à Paris, ses virées avec les copains (autres permissionnaires ? affectés spéciaux ? on ne sait) et les nuits passées avec telle ou telle jeune femme. Sa fille commentait ainsi le témoignage : « Que de tristesse, d’épuisement, le désespoir n’étant jamais exprimé. Au contraire ressurgit la possibilité d’apprécier la moindre bouteille de vin, une nuit passée auprès d’une gentille fille, un match de foot ou quelques notes de musique. »
RC

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Banquet, Emile (1879-1944)

1. Le témoin
Emile, Léon, Philippe Banquet est né à Albi le 22 septembre 1879 dans une vieille famille de petits entrepreneurs briquetiers, sur la rive droite du Tarn, avenue de Carmaux, exploitant également quelques terres. Lorsque la guerre éclate, il est marié et a deux fils nés en 1913 et 1914. La famille est catholique. Sa femme prie pour son retour ; lui-même n’est pas dévot : il attribue la brimade d’un départ retardé en permission au fait qu’il a manqué une messe. Sa mère lui a fait faire le service militaire dans l’artillerie. En novembre 1915, il l’en remercie : sans cela, il serait dans la boue des tranchées comme les « pauvres malheureux de fantassins » qui subissent un « carnage », une « boucherie ». Il est maréchal des logis au 56e RAC, et précisément à la section des munitions dont le rôle est de ravitailler les échelons qui se trouvent eux-mêmes à 8 km derrière les batteries. Cette vie cesse en juillet 1917 lorsque la section est dissoute. On l’envoie à Carcassonne, au dépôt du 3e RAC jusqu’en janvier 1918. Il se considère alors comme un embusqué : « Aujourd’hui je suis planton de service à la gare, travail assez amusant, d’abord je n’ai rien à faire si ce n’est me trouver là, au départ et à l’arrivée des trains. […] Hier soir je suis allé voir la Cité, c’est curieux, et il y en a qui viennent de loin pour l’admirer. Enfin je me promène ! Ici on ne risque rien des obus et c’est déjà beaucoup… » (11 juillet 1917). En janvier 1918, il remonte vers le front avec le 10e RAC, « au milieu de Bretons ou Normands », « un tas d’ivrognes, ce n’est pas un c’est TOUS !! Ils sont pleins du matin au soir. Si je dois rester là je suis fichu ! » Son souhait de tomber malade se réalise et, entre permissions et stages, il arrive au 11 novembre, puis à la démobilisation le 18 janvier 1919 : « Fini le cauchemar, on dirait un beau rêve. » Pendant la guerre, sa femme et son père ont fait marcher tant bien que mal la briqueterie. « Je t’assure que si on a la joie du retour, écrivait-il le 16 novembre 1916, on saura mieux goûter la vie dont on jouissait avant sans crainte et sans arrière-pensées. » L’après-guerre est cependant assombri par la mort de son fils aîné âgé de 10 ans en 1923 et par la cessation d’activité de la briqueterie vers 1929. Emile Banquet meurt accidentellement le 17 juin 1944.
2. Le témoignage
Il a écrit régulièrement à sa femme, du 3 août 1914 au 18 janvier 1919, comme une « conversation » à laquelle Angèle répondait. Le 2 mars 1915, il annonce qu’il a dû brûler 190 lettres de sa femme car il n’avait plus la possibilité de les transporter avec lui. On apprend aussi, le 16 juillet 1915, qu’Angèle lui a envoyé le journal qu’elle tenait au début de la guerre. Mais il n’a pas été conservé. Par contre, les lettres d’Emile figurent encore dans les archives familiales de son petit-fils Dominique qui en a transcrit une large sélection qui forme un volume de 272 p. de format A4.
3. Analyse
La principale préoccupation : la fin de la guerre
Dès les premiers jours, Emile Banquet note son manque d’enthousiasme : « Je me remets peu à peu au courant de toutes ces conneries et je t’assure que je me fais des cheveux blancs en songeant à tout le travail que je vous laisse. […] Surtout ne vous inquiétez pas, je ferai mon devoir, sans plus […] Certains souhaitent aller en Allemagne ; moi je souhaite revenir parmi vous et qu’ils me fichent la paix » (8 août 1914). Il voudrait que la victoire arrive avant les grands froids. Mais « combien cela va-t-il encore durer ? » demande-t-il le 1er septembre en décrivant le champ de bataille (« des Allemands, des Français, des chevaux, viande abandonnée, tout empeste l’air »), les maisons détruites par les obus, les récoltes piétinées. Le 11 septembre, les nouvelles sont excellentes et il espère être de retour « pour le vin nouveau ». Mais, deux semaines plus tard, il craint que la guerre dure jusqu’à Noël. De nombreux événements sont perçus comme annonçant peut-être la fin. Lors de l’offensive de mars 1915, il note : « nous sommes contents de nous fatiguer, et que ça finisse », mais c’est un échec : « l’effort que l’on a fait n’a abouti qu’à faire tuer des hommes ». « Je vous assure que si on me laissait filer, je m’en irais à pied » dit-il en avril. L’entrée en guerre de l’Italie hâtera-t-elle la fin ? Dès le printemps 1915, il est effrayé par la perspective de « passer un autre hiver en guerre » et ajoute : « Je crois que vous, les femmes, serez obligées de vous révolter pour faire finir la guerre. » Ou bien, tout pourrait finir faute d’argent (6 juillet). Le 9 juillet encore : « Je crois que nous finirons tous par perdre la tête ; les généraux et le gouvernement sont unanimes à dire que la campagne durera encore un an. La paix ne serait donc signée que l’été prochain, cela nous désespère ! Surtout ces malheureux fantassins. Je crois que d’ici là quelqu’un se lassera, tout aussi bien le peuple allemand que le peuple français, ou bien il manquera de l’argent, car les dépenses sont fabuleuses. » Et le 1er décembre : « Ce que je désire, c’est la FIN, mon retour définitif, mon chez moi tranquille, vivre de mon labeur. » Le 25 février 1916 : « D’après le journal d’aujourd’hui, les Allemands ont attaqué fortement du côté de Verdun. Serait-ce le prélude d’heureux événements si l’on peut dire ? Que cela finisse enfin pour le bien de l’humanité tout entière. » Le 26 mars : « Combien de fois ai-je souhait être blessé pour pouvoir me tirer de leurs mains et courir auprès de vous. » Le 17 septembre : « Que l’on fasse la paix d’une manière ou d’une autre. Nous sommes tous des sauvages : Français, Anglais, Allemands, on devrait trouver une solution pour le bien de tous, pour l’état d’esprit général et conclure la paix. La leçon devrait nous être salutaire. Pareil fait ne devrait jamais plus se reproduire. Nous ne sommes pas des bêtes féroces et il me semble qu’en rabattant un peu d’orgueil on pourrait parvenir à s’entendre. Plus nous irons, plus nous y perdrons tous. » Le 27 janvier 1917 : « Ah ! je t’assure que si ceux qui ne veulent pas de paix sans victoire y étaient, ils en auraient bientôt soupé. » Le 30 mars : « Si on demandait son avis à chacun, tout le monde serait prêt à rentrer chez soi. » Le 11 avril, peu avant l’offensive Nivelle : « Depuis hier au soir nous entendons le bruit sourd du canon sur notre gauche et assez loin, sans doute en Champagne ; ce doivent être les préludes d’opérations ; que ça craque enfin d’un côté ou de l’autre ce ne serait pas trop tôt. Cette vie commence à peser quand on est près de la quarantaine, ce n’est plus un amusement de gosse. Celui qui n’a que vingt ans dit : « ce n’est rien à condition que je revienne », mais nous, notre vie sera à moitié flambée. » Peu après, à propos des Russes : « Du jour que la Révolution a éclaté chez eux, j’ai bien compris qu’ils allaient se retirer, que c’était pour en finir et qu’ils en avaient assez de servir de cible à canons. Quand je pense à papa qui s’en va tout seul à la terre, à son âge, je ne peux m’empêcher de pleurer ; jamais nous ne serons capables de faire ce qu’ils [les Russes] ont fait. Dire que nous sommes ici à ne rien faire et penser à eux là-bas, qui sont vieux et qui travaillent pour nous à la limite de leurs forces, je finis par ne plus pouvoir le supporter. Qu’ils en finissent bon dieu ! Qu’ils traitent d’une façon ou d’une autre. C’est toujours du monde qu’on fait tuer. » Comme beaucoup d’autres poilus, il se demande si l’on va revivre la guerre de cent ans (25 avril 1917), et il note : « Les nouvelles de la guerre ne m’intéressent que médiocrement, je ne demande qu’une seule chose, assez de guerre, LA PAIX. » Le 10 mai : « Les attaques sont à peu près arrêtées et les résultats obtenus sont minces. Nous en sommes toujours au même point, il n’y a pas de raison que cela ne dure dix ans de plus. Les journaux reparlent de paix, le congrès socialiste de Stockholm revient sur le tapis. Peut-être finira-t-on par reconnaître qu’on ne pourra rien obtenir par les armes et se décidera-t-on à de mutuelles concessions. Assez, assez de morts, assez d’infirmes et de blessés. » Le 16 mai : « Tu me dis que tout est cher. C’est naturel, personne ne cultive la terre, en temps de paix on suffisait à peine à la consommation. Dans peu de temps on manquera de tout, si seulement ça pouvait faire finir la guerre, j’en serais très heureux car il y a de quoi en avoir soupé de ce métier. […] On change nos chefs tous les jours. Si seulement on finissait par en trouver un bon, un qui soit assez fort pour en finir. Hier c’était NIVELLE, aujourd’hui c’est PÉTAIN, et demain ? »
L’ennui loin du pays
Une des caractéristiques de ce témoignage c’est la fréquente expression de l’ennui, et cela dès le début : « Je m’embête. Si au moins on était utile, qu’on nous fasse travailler ! » (14 octobre 1914). « C’est dimanche, c’est ce qu’on m’a dit, nous avons de la peine à distinguer un jour de l’autre » (27 juin 1915). « On ne fait rien, on ne voit rien, on ne sait RIEN ! » (27 juillet). Alors il demande à sa femme de lui raconter « tout ce qui se passe à la maison ». Car la guerre est l’occasion de (re)découvrir l’amour et l’affection : « Ma femme, mes enfants, mes parents, voilà ma vie, mon existence ». « Comme j’aimerais être là-bas et rentrer le soir de mon travail, prendre les enfants sur mes genoux, jouer avec eux au milieu de ceux que j’aime » : les phrases contredisant la théorie de la « brutalisation », c’est-à-dire de la transformation des soldats en brutes, sont ici fort nombreuses. La rencontre de quelques Albigeois est comme un rayon de soleil dans ces pays du Nord et de l’Est, en Lorraine où la population est hostile, en Flandre où « on a de la peine à se faire comprendre ». « Dans ma vie, précise-t-il en janvier 1916, je n’avais guère voyagé, mais je vais connaître le Nord de la France mieux que nos régions. » Mais la conclusion est nette : « Je t’assure qu’aucun des pays où je suis passé ne vaut le nôtre. »
Des ennemis variés
Les Allemands sont, au début, considérés comme les auteurs d’atrocités, « une race de sauvages », et les expressions de « cochons » et de « brutes immondes » reviennent au vu des destructions opérées lors de leur repli de mars 1917. Entre temps, n’étant pas en contact avec eux, il en avait peu parlé, mais il avait éprouvé des sentiments de compassion devant des rangées de tombes (en janvier 1916) : « une simple croix et comme mention : allemand, français, tous de pauvres malheureux dont personne ne s’occupera ». La condamnation des « responsables de la guerre » est totale et fréquente, mais sans préciser leur nationalité. Le gouvernement français est critiqué, ainsi que les officiers au comportement personnel honteux et qui « embêtent » les hommes en leur faisant faire des « conneries » absurdes : « Même si c’est plus fatigant, ce serait plus lucratif de faire des briques ou des tuiles à treize francs le cent, cela me ferait en tout cas plus plaisir que de faire le pitre par ici. » Les embusqués, « pleins de vie et de santé », forment une autre catégorie d’ennemis : ils font la noce à Paris en criant « jusqu’au bout ! », mais « qu’ils y viennent un peu, patauger dans la boue jusqu’au ventre », « et l’infanterie, le génie, ceux qui sont aux premières lignes, à la veille de claquer à tout moment… c’est affreux ». « Il ne reste que les couillons… Les ouvriers métallurgistes sont à l’usine, les mineurs à la mine. Que reste-t-il ? le petit propriétaire, l’agriculteur, les enseignants laïques. » Le bourrage de crâne, enfin, est dénoncé dès juillet 1915 : « On nous tient le bec hors de l’eau par des mensonges. » Et le 8 décembre : « Nous ne croyons plus un mot de ce que racontent les journaux. »
Photo d’Emile Banquet et de sa femme dans 500 Témoins de la Grande Guerre, p. 47.

RC

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Andrieu, Henri (1863-1929)

1. Le témoin
Henri Andrieu est né le 17 septembre 1863 à La Valette commune du Luc (Aveyron). Instituteur dans plusieurs communes aveyronnaises, il a effectué la plus grande partie de sa carrière à Colombiès où il est mort le 3 décembre 1929. Il avait quatre enfants, Emile, Emma, Edmond, et Paul. Ses trois fils ont fait la guerre : Emile est mobilisé le 1er août 1914, Edmond part le 4 juin 1915, et Paul en 1917 devançant l’appel. Tous les trois sont revenus mais Edmond, gazé, est mort en 1927 des suites de ses blessures.
Henri Andrieu, en poste à Colombiès quand la guerre éclate, est bien inséré dans la vie locale. Il s’occupe de la caisse locale du Crédit mutuel et d’une Mutuelle Incendie. Il organise des causeries sur l’histoire locale. C’est un lecteur assidu de La Dépêche, du Courrier de l’Aveyron, de L’Express du Midi.

2. Le témoignage
Dès la mobilisation, Henri Andrieu prend la plume pour relater les évènements dont il est témoin et acteur dans son village. Il écrit sur des cahiers d’écolier qui s’échelonnent du 1er août 1914 au 27 juin 1915. Il semble avoir commencé spontanément à écrire dès la mobilisation, devançant ainsi les instructions adressées aux recteurs d’académies, le 18 septembre 1914, par Albert Sarraut, ministre de l‘Instruction publique, circulaire recommandant « d’inviter les instituteurs de leurs ressorts à prendre des notes sur les évènements auxquels ils assistent présentement ». Le témoignage d’Henri Andrieu est consigné dans quatre cahiers de 32 pages chacun (aujourd’hui conservés par la famille, mais qui pourraient être numérisés par les Archives départementales de l’Aveyron). Les cahiers ne vont pas au-delà du 27 juin 1915, sans que l’on sache si d’autres cahiers ont existé et n’ont pas été conservés.
Le premier cahier commence le 1er août 1914 et s’arrête le 15 septembre 1914
Le second cahier du 16 septembre au 15 novembre 1914
Le troisième cahier du 16 novembre au 28 janvier 1915
Le quatrième cahier du 29 janvier au 27 juin 1915
Il écrit longuement au début du conflit, le premier cahier couvre 46 jours mais au fil du temps, la guerre dure, ses notes s’amenuisent et le dernier cahier court sur 151 jours.
Chaque jour, à côté de la date, Henri Andrieu décompte le nombre de jours écoulés depuis la mobilisation : « 27 juin 1915, 339ejour depuis la mobilisation ». Au fil des cahiers sont agrafés des coupures de journaux, des feuillets annonçant les quêtes, pour la Croix rouge, le vêtement du soldat, la journée serbe ainsi que des insignes comme pour la Journée du 75 ou de petits drapeaux pour la Journée du drapeau belge, etc.
Esprit vif et plume sans concession, Henri Andrieu livre un témoignage sur la guerre vue d’un village éloigné des combats, sur la pérennité de la vie quotidienne et les transformations de celle-ci dues au conflit.

3. Analyse du contenu
Dans ses écrits quotidiens, Henri Andrieu mêle les nouvelles du front, du village et de sa famille. De « l’émotion poignante qui étreint tous les cœurs » le 1er jour de la mobilisation, à ses colères contre les embusqués, resquilleurs et autres profiteurs, à ses angoisses comme celles de toutes les familles qui attendent des nouvelles du front, Henri Andrieu brosse un tableau où affleurent avec sincérité ses convictions et où il restitue l’atmosphère de son village en cette première année de guerre.
Dès le 3 août, il relève les changements visibles : la hausse des prix chez les épiciers mais, ajoute-il, « leur conduite est durement qualifiée » ; l’enlèvement des plaques du bouillon Kub, sans autre commentaire ; les réquisitions de chevaux ; les rumeurs (« on ne parle que d’espions on croit en voir partout) ; mais surtout « l’embarras dans lequel vont se trouver ceux qui restent pour lever les récoltes » ( 2 août 1914 ). Des mécaniciens sont mis à la disposition des cultivateurs pour « la mise en marche et la réparation des machines » (5 août 1914). Certains, qui possèdent des machines, en profitent pour les louer très cher : « il veut 5 francs de l’heure, sa conduite soulève l’indignation » (7 août 1914).
Tout au long de ses écrits Henri Andrieu s’indigne souvent contre les injustices, les profits scandaleux, les passe-droits, contre l’attitude des élus qui selon lui n’est pas digne en cette période. Il s’emporte régulièrement contre les « embusqués ». Il rapporte par exemple que M. va à Rodez « pour tacher moyen d’embusquer T. avec le concours du conseiller de préfecture et son beau-frère commandant de recrutement », et il fustige « toujours ce manque de moralité…toujours l’égoïsme, l’honneur ne compte pas » (14 octobre 1914). Le 9 décembre 1914, il dénonce l’attitude d’un « embusqué » qui pense : « il faut bousculer l’ennemi hors de France mais que les autres le fassent ! ».
Les nouvelles du front occupent une grande place dans les deux premiers cahiers. Il commente longuement les mouvements des troupes, leurs positions, les avancées, les échecs, l’attitude des pays concernés, puisant les détails dans la lecture de la presse et des dépêches officielles affichées, sans toutefois être dupe (« on ne nous dit que la moitié de la vérité », 25 novembre 1914). Les habitants, au hasard des rencontres dans le village ou à la veillée, discutent de la politique, de la marche de la guerre mais aussi des nouvelles qui arrivent par le courrier des soldats au front. Le mercredi 16 février 1915, Henri Andrieu apprend le décès de S.B. de fièvre typhoïde dans un hôpital militaire ; dans le même temps, un camarade du défunt écrit à sa propre famille que « S.B., sergent, se trouvait en première ligne avec ses hommes. Attaqués par l’ennemi, ses hommes auraient refusé de marcher et la seconde ligne aurait ainsi beaucoup souffert. Traduits en Conseil de guerre quelques-uns de ces hommes auraient été condamnés à mort… S.B. aurait perdu ses galons de sergent… » Henri Andrieu ajoute : « la commotion de cette affaire ne serait-elle pas la cause de sa mort ? ». Le 22 octobre 1914, pour la première fois, apparaît dans les cahiers le mot « tranchée » repris d’une lettre de son fils Emile qui mentionne que sa « tranchée est à 150 mètres de celle des Allemands ». Henri Andrieu commente : « nos troupes se maintiennent » comprenant que la guerre s’enlise.
L’angoisse grandit au village, dès la mi-août, à l’annonce des premiers décès et blessés. Le courrier occupe alors une grande place dans les propos du père et dans les conversations des habitants. Il écrit : « comme on est heureux …d’avoir des nouvelles des siens de savoir qu’ils sont parmi les vivants » (18 août 1914) et le 2 septembre, avec beaucoup de pudeur : « trois cartes d’Emile. Ces simples cartes nous font beaucoup de plaisir, elles entretiennent l’espoir ». Les combattants signalent dans leur courrier qu’ils sont avec tel ou tel camarade de Colombiès et les familles font circuler les nouvelles. Au fil des mois, l’attente de courrier sera de plus en plus préoccupante et angoissante. Le moral aussi a changé. Henri Andrieu rapporte les propos d’un habitant : « l’esprit des soldats a bien changé depuis le début des hostilités. Alors on partait à la frontière avec plaisir, maintenant on ne veut plus partir » (8 décembre 1914).
A Colombiès, loin du front, la vie continue. Henri Andrieu assiste aux conseils municipaux, il se déplace à Rodez pour les réunions pédagogiques, il assure ses causeries d’histoire locale. Il relate les faits divers, la vie à l’école, les visites de la famille, les difficultés des cultivateurs, les naissances, les décès. Cependant les effets du conflit se font sentir au village. Les discussions devant les dépêches sont parfois houleuses, la guerre exacerbe les dissensions, les caractères, mais elle rapproche aussi. Henri Andrieu note : « Je porte La Dépêche à Mr le Curé – je suis bien reçu » (10 août 1914). Ces civilités n’excluent pas les prises de position de l’instituteur : « Sermon de Mr le Curé : la France vaincra parce qu’elle est catholique, parce qu’elle prie. –J’ai plutôt confiance en notre armée et en ses chefs » (29 novembre 1914).
Très actif au service des soldats, il organise les quêtes, tient les comptes ; il crée un groupe de tricoteuses qui se réunissent dans l’école après la classe pour l’œuvre du vêtement du soldat. Il organise aussi une collecte de vêtements qu’il expédie à son fils pour les combattants de son unité, il fait des démarches auprès de la Croix rouge pour les familles sans nouvelles, il s’occupe d’aider les familles nécessiteuses pour la rédaction des demandes de subsides, il ne manque pas d’adresser ses condoléances aux familles des disparus et de prendre des nouvelles de ses anciens élèves.
Nicole Dabernat-Poitevin

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Allain-Launay, Edmond (1878-1924)

1. Le témoin
Quelques-uns de ses ancêtres étaient saint-simoniens. Le passage par Polytechnique était une tradition dans la famille. Lors de la naissance d’Edmond, à Paris, le 12 décembre 1878, son père exerçait de hautes responsabilités dans la comptabilité de l’Exposition universelle. Edmond entre à Polytechnique en 1898 et se révèle un défenseur de l’innocence de Dreyfus. Il se spécialise en électricité et devient ingénieur à la Compagnie d’Orléans puis à la Compagnie générale du gaz. De 1907 à 1914, il participe à la création de centrales électriques en Roumanie, en Grèce et en Belgique. Lors de la mobilisation, marié, il a quatre enfants. Très catholique, il accorde beaucoup de place dans ses carnets à la retraite pascale, à l’action de la Providence, à la présence d’un crucifix sur sa table de travail. Officier de réserve (lieutenant puis capitaine) dans une unité d’artillerie, il trouve qu’on a trop compté sur le 75. Son frère Yves, aviateur, trouve la mort en 1916. Edmond survit et reprend ses activités d’ingénieur. Il meurt à Paris en 1924 d’une crise cardiaque.
2. Le témoignage
La famille a conservé seulement deux de ses carnets, l’un du 1er décembre 1915 au 9 mars 1916, l’autre du 10 mars au 8 avril 1916, ainsi que quelques feuilles volantes (jusqu’au 16 juillet 1916) confiées à sa femme venue le voir près du front. Une copie a été déposée au Service historique de la Défense (cote 2011PA60-32). La bataille qui occupe le plus de place est celle de Verdun.
3. Analyse
Le contraste est fort, dans ses notes, entre les périodes de combat où il réagit comme un technicien, comptant le nombre de coups tirés, annonçant les types de tirs, attitude fréquente chez les artilleurs, et les repos où on retrouve les mesquineries de la vie de garnison qu’il ne supporte pas, et où il s’accroche avec d’autres officiers, surtout de l’active. Il écrit ainsi, le 27 mars 1916 : « Mon moral est assez mauvais. Je suis las de cette guerre. Vingt mois de suite c’est vraiment beaucoup d’autant qu’après avoir été très soutenu par quelques compliments et avoir fourni un effort considérable nous sentons maintenant très nettement que nous autres officiers de réserve ne serons jamais que des officiers de complément et que tous les honneurs doivent revenir aux officiers d’active. » Il décrit aussi (1er juillet 1916) un commandant qui installe son PC le plus loin possible des batteries parce qu’il « a réellement la phobie du coup de canon ». Mais, le 12 juillet : « Je veux noter que le général Humbert, au cours de sa visite, m’a chaleureusement félicité du petit nombre de pertes qu’a subies ma batterie depuis que je la commande, et m’en a attribué le mérite. Je vous félicite, m’a-t-il dit, d’avoir su ménager votre personnel et d’avoir su l’abriter et le protéger. Signe des temps. Autrefois, et pour beaucoup maintenant encore, toutes les récompenses, les honneurs et les décorations allaient à ceux qui avaient eu le plus de pertes, qu’ils aient ou non bien rempli leur mission. On commence à comprendre – et des encouragements comme celui du général Humbert sont précieux – que le devoir consiste à remplir sa mission avec le minimum de pertes possible. Nous sommes comptables de la vie de nos hommes et nous ne devons pas acheter une gloire vaine au prix du sacrifice de leurs vies. Un directeur d’usine qui ferait inutilement massacrer son personnel et ses machines ne trouverait rapidement plus d’employeur, et est réputé mauvais ouvrier celui qui casse tous ses outils. »
En pleine bataille de Verdun, au moment où les unités fondent dans la fournaise, le capitaine Allain-Launay conclut : « Cette guerre est abominable. »
Rémy Cazals

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Holtz, Bernard (1893-1956)

Ses grands-parents sont venus sur le versant occidental des Vosges depuis Muhlbach-sur-Bruche (Alsace) après 1871. Ses parents sont ouvriers du textile (le père manœuvre, la mère tisserande) dans la vallée du Rabodeau. Il naît à Moyenmoutier le 27 mars 1893. Lui-même deviendra ouvrier ajusteur. En 1914, il est en train d’effectuer son service militaire au 62e RAC. Ses notes de guerre, conservées et transcrites par son petit-fils, débutent au 30 juillet 1914 et cessent au 5 mai 1916. Il est possible que la suite ait été perdue. Dans tous les cas, il survit à la guerre, trouve un travail d’ajusteur à Épinal, se marie en 1920 et devient chef de chauffe à la Société de Production et de Distribution d’Électricité à Reims.

Le « métier » d’artilleur

En août 1914, le régiment reste d’abord dans les Vosges, puis participe à la bataille de la Marne, passe en Champagne et se trouve en Artois en novembre 14 et en mai 15, dans les mêmes secteurs que le fantassin Louis Barthas, à Barlin, Mazingarbe, Vermelles, puis Carency et Notre-Dame de Lorette où les combats sont acharnés. Bernard Holtz écrit des notes brèves et exprime rarement ses sentiments. Il signale les tirs effectués en mentionnant le nombre de coups, les bombardements subis, et les phases de tranquillité avec parties de cartes et occasions de boire : il note aussi scrupuleusement ses « cuites » que ses tirs. Il fournit des informations sur la position, le rôle de l’artillerie et ses dangers spécifiques. Si beaucoup de « duels d’artillerie » des communiqués consistaient pour les canons français à tirer sur les fantassins allemands, et pour les canons allemands à tirer sur les fantassins français, avec les risques d’erreurs bien connus, Holtz décrit de vrais duels entre batteries de 75 et de 77, ainsi le 19 juin 1915 : « On nous a changé de pièce : la nôtre est esquintée ; c’est un plaisir de tirer avec celle-là ; les 77 viennent déjà nous trouver. » Il montre aussi le 75 pris à partie par les 105 et 150 allemands. Les obus de 120 et 220 français passent au-dessus des batteries de 75 parce que ces dernières sont positionnées plus près des lignes. Les 75 doivent aussi protéger les attaques de l’infanterie, et d’abord ouvrir des brèches dans les réseaux de fil de fer. Il arrive que les pièces éclatent, et cela fait du dégât.

Notre artilleur fait « son métier » sans se poser de questions, du moins dans ses notes. Il se réjouit de faire « du si bon boulot » sur une tranchée ennemie (24 juillet 1915). « Qu’est-ce qu’on leur balance ! », écrit-il le 18 août, ajoutant : « J’aime mieux pour eux que pour moi. » Il faut tirer sur les Allemands, d’abord pour se protéger soi-même. Ensuite, c’est un peu comme un travail, et les notes de l’artilleur qui compte les coups de canon ont quelque chose du bilan d’une journée d’usine quand on va recevoir un salaire à la tâche. Dans l’artillerie, on peut avoir l’impression de faire un métier, de travailler en équipe, chacun avec sa compétence technique et sa responsabilité précise, chef de pièce, maître-pointeur, tireur, chargeur, déboucheur… Holtz en arrive à admirer le travail de l’artillerie ennemie : « C’est un coup de maître », dit-il d’une marmite tombée en plein sur les avant-trains de sa batterie et qui fait de nombreuses victimes (12 mars 1916). Et, le 17 mars, notant que la hauteur d’éclatement des obus allemands est mal réglée : « Probablement qu’ils ne sont pas encore bien réveillés. » Il était alors à Verdun, notant : « Plus j’y pense, plus je me demande comment je vis encore. Si je ramène ma viande, je m’en rappellerai ! »

RC

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Suhubiette, Jean (1888-1971)

1. Le témoin
Né le 28 octobre 1888 à Behasque, canton de Saint-Palais (Basses-Pyrénées), dans une famille pauvre, Jean Suhubiette émigre en Argentine où il trouve un emploi dans une maison de notables (cuisinier selon un passeport). Célibataire, il a 26 ans en 1914 lorsqu’il répond à la mobilisation et s’embarque pour une « traversée mouvementée » de 25 jours. De Bordeaux, il est dirigé sur Bayonne, écrivant : « Je rentre chez moi avec un congé de trois jours. » C’est également « chez lui » qu’il se rendra en permission pendant la guerre, et il y retrouvera d’anciens camarades d’école, allant avec eux au marché de Mauléon et à la foire de Navarrenx. Au front, jusqu’au 5 mars 1916, il exerce les fonctions de téléphoniste au 234e RI en Lorraine dans les Vosges et à Verdun. Puis il entre au service du colonel, poste qu’il ne définit pas, mais qui est en rapport avec sa profession dans le civil. Il semble cependant que s’il avait été chargé de faire la cuisine cela apparaîtrait dans son carnet. Après la guerre, il retourne en Argentine où il est majordome, homme de confiance, dans une famille traditionnelle de propriétaires fonciers de la province de Buenos Aires, effectuant plusieurs voyages en France. Il est mort à l’âge de 83 ans.
2. Le témoignage
En mars 1919, Jean Suhubiette recopie au propre sur 50 pages d’un carnet les notes prises pendant la guerre. Le document a été retrouvé par Ana-Maria Lassalle, professeur à l’université nationale de la Pampa, à Santa-Rosa, République argentine. Les notes sont malheureusement peu développées. Par exemple, à propos de Verdun, le 28 février 1916 : « Dans ce secteur, le R. ne subit aucune attaque sérieuse, mais le bombardement est terrible, le ravitaillement presque impossible et la température est extrêmement rigoureuse. Les troupes sont très fatiguées. »
3. Analyse
Dans ces conditions, le témoignage de Jean Suhubiette apporte peu. Faisant partie des services du colonel, il le suit de château en château, mais aussi chez un notaire, un vétérinaire retraité, une rentière, un curé, et plus rarement dans une grotte ou une cagna. En fait, il s’agit des colonels successifs dont l’un est « merveilleux », un autre « incapable et égoïste ». Il ne peut que raconter indirectement les exploits du régiment. Il exprime rarement des sentiments personnels. Le 5 août 1917, il note cependant, au Chemin des Dames : « Jamais permission ne fut plus souhaitée qu’en ce moment. » Le 11 novembre 1918, en permission dans son village : « Soudain les cloches sonnent à toute volée. Tout le monde est en extase. C’est du délire. Chacun ne peut y croire. » Il faut l’intense émotion de la démobilisation, le 13 février 1919, pour le faire sortir de sa réserve, et son carnet se termine ainsi : « À 11 heures, je suis rendu à la vie civile. Enfin !!! Quel soulagement que de pouvoir s’alléger de ce fardeau. Que n’a-t-on roulé sa bosse durant cinquante-six longs mois. Chacun a fait son devoir ; la France peut être fière de ses enfants. Elle peut à son tour nous être reconnaissante. Gloire aux immortels héros qui ont versé leur sang pour la liberté des peuples. Dieu dans son royaume leur aura donné ce que les puissants de cette terre ne peuvent disposer. »
Rémy Cazals, juillet 2011

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Duchesne, Louis (1894-1918)

Le point de départ de cette notice est un cahier intitulé « Souvenirs de la Campagne 1914-1915 [Rajouté : 1916] Duchesne Louis Henri, 102e d’infanterie, 8e compagnie », d’une collection particulière. En lisant le texte, bien écrit, d’une assez bonne orthographe, on apprend que ce soldat appartenait à la classe 14, qu’il habitait en août 1914 à Auneuil (Oise), qu’il était catholique et vraisemblablement cultivateur. Le cahier paraît représenter la mise au propre de notes préalables ; il compte 136 pages, mais le récit n’occupe que les 27 premières. Il s’interrompt brutalement et les pages 28 à 126 sont blanches ou manquantes. Le texte reprend p. 127 avec la copie d’un article de Gustave Hervé dans La Guerre sociale du 25 avril 1915, article en l’honneur de ce commandant que nous « aimions beaucoup dans le parti socialiste auquel il est affilié depuis longtemps. C’était pour les questions militaires le bras droit de Jaurès, et un peu dans le parti notre ministre de la Guerre. L’Armée nouvelle, le puissant livre de Jaurès, est bien un peu son œuvre. Pourquoi ne les a-t-on pas écoutés, lui et Jaurès lorsqu’ils expliquaient au pays que, pour barrer la route à l’invasion torrentielle de l’armée allemande, ce n’était pas augmenter le temps de caserne qu’il fallait, c’était organiser puissamment les réservistes et les territoriaux […] » Le commandant dont il s’agit, blessé, qui fait l’éloge de ses soldats et de ses officiers massacrés lors d’une attaque, n’est autre que le commandant Gérard, et l’article de se terminer sur une critique des méthodes du haut-commandement : « Ce n’est pas possible, non ce n’est pas possible qu’avec un état-major comme le nôtre, où les hommes de valeur fourmillent, il n’y avait pas un moyen de préparer les attaques par le génie et l’artillerie de façon qu’une compagnie de héros comme celle-là n’aille pas s’empêtrer, s’accrocher, se faire décimer dans les fils barbelés des tranchées ennemies. » Le deuxième texte en annexe est un poème de Montéhus, « La Croix de Guerre », dédié « au commandant Gérard, respectueux hommage ». Il est clair, à la lecture de ces deux « annexes » et des notes personnelles de Louis Duchesne que celui-ci a été marqué par les attaques des 24 et 25 février 1915 et par la personnalité du commandant Gérard dont l’attitude très originale sera signalée ci-dessous.

Après les hommes, les chevaux

Le récit de la campagne de Louis Duchesne commence lors de l’annonce de la mobilisation à Auneuil : « Les femmes et les enfants pleurent ». La guerre pourra-t-elle être évitée ? « Le 4 août à 4 heures de l’après-midi, un gendarme nous annonce la terrible nouvelle, la guerre est déclarée. Depuis ce moment que je n’oublierai jamais, les autos se succèdent à la gendarmerie sans interruption, portant des ordres d’un côté et des feuilles de route d’un autre. Que de pleurs ! que de larmes ! Tous les jours depuis la première journée de mobilisation les voies de communications ainsi que le tunnel et le pont du chemin de fer sont gardés par la garde civique. Quel entrain ! depuis les plus jeunes jusqu’aux plus vieux, les habitants assurent la police dans le pays. Des patrouilles parcourent le village toutes les nuits, à huit heures tous les cafés sont fermés. Dans le jour, à chaque train en partance, les wagons sont pleins de mobilisés qui vont rejoindre leur régiment. Puis, après les hommes, ce sont les chevaux qui partent à leur tour, les pauvres bêtes elles vont aussi collaborer à la défense de la France. Le pauvre Bouleau part, bon pour le service, et c’est en pleurant que ses maîtres lui donnent le dernier morceau de sucre. » Les premières nouvelles sont bonnes, mais bientôt arrivent les réfugiés du Nord. La classe 14 va être appelée. Louis va d’abord au 51e RI à Brest, puis au 19e Chasseurs à cheval, enfin au 102e RI de Chartres, tout content car il « espère aller au feu beaucoup plus vite ». Il arrive sur le front de la Somme le 12 novembre, et ses premiers coups de fusil visent un Taube. Il découvre les marmites, les tirs de crapouillots, les ruines du front, la boue, et la camaraderie des anciens qui le surnomment le Ch’tiot. À la veille de Noël, trois Allemands viennent se rendre. Le jour de Noël, on entend « les Boches chanter la messe. Notre première ligne tire et c’est nous [en 2e ligne] qui récoltons les pruneaux boches. » « Le premier janvier, comme nous disons dans notre nouveau langage, nous faisons la nouba. Chaque homme touche ½ litre de vin, du jambon, pommes et oranges, ainsi qu’un bon haricot de mouton ; pour finir la fête, chacun fume un bon cigare offert par des personnes charitables et l’on déguste une bouteille de champagne pour 4 hommes. Dans l’après-midi, nous organisons un petit concert vocal et instrumental exécuté par les poilus de la 7e et de la 8e compagnie et présidé par notre colonel lui-même et son état-major. »

Février 1915

Au cours de ce mois, le régiment vient en renfort d’abord dans l’Aisne, près de Craonne, puis en Champagne, vers Suippes. Là, il croise un régiment décimé qui vient d’être relevé : « C’était chose bien triste de voir ces pauvres bougres défiler près de nous par groupes de deux ou de quatre ; ils ne ressemblaient pas à des hommes mais à de véritables masses de boue en mouvement. » On plonge dans l’horreur à Beauséjour, le 24 février : « Nous traversons une tranchée conquise. Elle est pleine de cadavres allemands et de Français. Ici, c’est une tête qui roule sous nos pieds, plus loin c’est un Boche en bouillie recouvert avec un peu de terre, un poilu met le pied dessus et le sang coule en avant. Enfin c’est une orgie indescriptible, pas moyen de poser le pied par terre sans que ce soit sur de la chair humaine. Arrivés à la tranchée de départ, toute la compagnie est massée, prête à sortir. A midi, le lieutenant Héliès crie : « En avant ! » et tous nous courons en hurlant, mais nous n’avions pas fait quinze [mètres ?] que le premier était couché par une balle. Tout le chemin que nous avions parcouru était parsemé de cadavres, tués ou blessés, soit par les balles de la Garde impériale ou par nos pièces d’artillerie. Enfin, quel carnage, quel massacre, morts sur morts, toute la 4e section de la 8e compagnie est obligée de rester sur le terrain, alors les quelques survivants font avec leurs camarades tués une tranchée humaine. La nuit, tout le monde travaille sous la neige à la construction d’une petite tranchée, mais comme on est plein de fièvre, nous dévalisons les morts de leurs bidons afin de se rafraîchir, mais rien à boire. Nous sommes obligés de manger la neige qui tombe et c’est sous ce mauvais que nous passons la nuit. Le 25, le bombardement recommence et à 10 h un bataillon du régiment charge encore une fois. Ah ! les malheureux, ils font le même boulot que nous la veille, c’est encore un massacre. Toute la journée se passe sous le bombardement, c’est un véritable enfer, nous sommes noirs de poudre et nous tirons autant comme nous pouvons sur ces maudits animaux de Boches. Un obus arrive sur notre parapet et met un de nos copains en miettes. Tous les morceaux retombent sur nous. »

Les ordres prévoient de recommencer le lendemain. Alors il se passe quelque chose d’extraordinaire. Le commandant Gérard leur conseille, « en pleurant » : « Cachez-vous afin que je ne puisse vous rassembler demain. » Au retour au repos, Louis Duchesne constate : « Cette fois nous avons de la place car les ¾ des nôtres sont en moins. »

L’apport précieux des archives

Ce témoin méritait d’être mieux connu. Les Archives départementales de l’Oise, consultées, nous ont fourni d’abord la date précise de naissance de Louis Henri Duchesne à Auneuil, le 23 mai 1894, d’un père journalier et d’une mère ménagère. L’acte de naissance ne porte aucune mention marginale de mariage ou de décès. C’est la fiche matricule qui nous en dit plus. Le jeune homme était ouvrier agricole en 1914. Pendant la guerre, il est devenu successivement caporal (octobre 1915), sergent (janvier 1916), sergent grenadier d’élite (janvier 1918). Il a été blessé à Thiaumont par éclat d’obus à la tête, le 30 août 1916 ; puis à Douaumont par éclat d’obus à la cuisse, le 26 octobre 1916 ; et au Grand Cornillet par éclat d’obus au bras, le 14 mars 1918. Il a été tué le 20 juillet 1918 « aux avant-postes, donnant une fois de plus à ses hommes l’exemple du mordant et de la bravoure ».

RC

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Madrènes, Joseph (1890-1936)

Joseph Antonin Bernard Madrènes est né à La Pomarède, canton de Castelnaudary (Aude) le 24 février 1890. Ses parents étaient cocher et cuisinière au château appartenant à la famille Meunier, et ils ont suivi leurs maîtres lorsque ceux-ci se sont installés à Sallèles-d’Aude. D’après les souvenirs familiaux, les Meunier auraient contribué à l’éducation du jeune Joseph. Puis celui-ci est entré en apprentissage chez un parent, ébéniste à Revel (Haute-Garonne). En 1910, il s’est engagé pour trois ans dans la marine à Toulon, comme charpentier. Rentré à Sallèles, fiancé, il a dû repartir lors de la mobilisation de 1914. La lecture de son témoignage le montre conservateur, patriote et surtout catholique pratiquant et croyant. Proche du Sillon de Marc Sangnier, il milite dans divers cercles catholiques ; à Malte, il cherche à entrer dans toutes les églises ; il célèbre la conversion d’un Anglais au catholicisme ; il prend l’engagement d’aller en pèlerinage à Lourdes après la guerre… Marié en février 1919, il crée son entreprise de menuiserie à Azille (Aude), puis à Toulouse, où il meurt le 22 avril 1936. Entre la fin de la guerre et son décès, à une date que la famille ne peut préciser, il a rassemblé et « mis au propre » les éléments de son témoignage.

La guerre en Méditerranée

Ses notes chronologiques sont portées sur un gros registre très illustré de documents divers, principalement des cartes postales représentant des navires de la flotte française ou des flottes alliées, et des vues de Toulon, Bizerte, Brindisi, Messine ravagée par le tremblement de terre de 1908, Malte, Céphalonie, Milo (« le pays de la Vénus de Milo, dit le commandant »), et autres lieux où son torpilleur a mouillé. Pour qui a lu de très nombreux témoignages concernant l’armée de terre, le dépaysement est certain. Ici, au lieu de l’immobilisation dans les tranchées, on va en quelques jours d’un bout à l’autre de la Méditerranée. La mer joue des tours aux navires qui se déglinguent et aux hommes, victimes du mal de mer (oui, les marins ont le mal de mer : à plusieurs reprises, c’est « tout l’équipage » ou « presque tout l’équipage » qui est malade). On passe donc aussi beaucoup de temps dans les ports afin de réparer les avaries fréquentes, et pour « mazouter », embarquer des vivres et de l’eau. La marine a ses rituels (signaux, pavillons, hourrahs), son langage (appareillage, branle-bas de combat, croisière, etc.) et son argot : le mouilleur de mines, par exemple, « pond des œufs ».

Dans les premiers jours d’août 1914, arrivé au dépôt à Toulon, Joseph Madrènes critique la pagaille qui règne, et il doit soutenir une violente discussion avec de « fortes têtes » hostiles à la guerre. Le 2 septembre, il embarque comme charpentier sur le Protet, contre-torpilleur de haute mer, et la campagne commence mal puisque les deux canons éclatent quelques jours après. Il va rester sur ce navire jusqu’au début de 1917, obtenant le grade de quartier-maître en janvier 1916. Les opérations de guerre du Protet sont variées : il croise au large des bouches de Cattaro (Kotor) pour intercepter les navires autrichiens ; il escorte les convois de troupes qui vont vers la Grèce ; il traque les sous-marins ; il drague les mines et les fait sauter ; il récupère les survivants de navires torpillés… En février 1915, Joseph Madrènes décrit une forte concentration de navires français et anglais pour « un coup contre les Turcs », mais le Protet ne participe pas directement à l’affaire des Dardanelles. Lors du combat naval du 22 décembre 1916 contre les Autrichiens, tout tire, canons, mitrailleuses, fusils, mais l’ennemi passe à travers et peut regagner ses ports de l’Adriatique. La plupart des pertes proviennent du torpillage de navires de surface par les sous-marins ennemis, tandis que Joseph reçoit fréquemment la nouvelle de la mort d’un camarade du village dans les tranchées du front occidental.

1917

Jusqu’au début de 1917, il est question, ici et là, de quelques signes de découragement, du cafard au retour d’une permission à Sallèles pendant que le Protet est réparé à Toulon, de la crainte d’une mutinerie en juin 1915, tellement on est mal à bord. Mais cela ne va pas plus loin. Les officiers s’emploient à relever le moral : « Le commandant nous a fait aujourd’hui une conférence sur la guerre et nous a dit que l’Allemagne jouait ses derniers atouts » (23 août 1915). Mais 1917 (alors que notre quartier-maître a quitté le Protet pour le Marceau) est marquée par des bouleversements. Cela commence par l’annonce, le 17 mars, des troubles à Petrograd et de l’abdication du tsar, et, le 19 mars, du recul allemand dans le Soissonnais. Ce jour-là, Joseph se demande : « Que se passe-t-il en France ? Ici à bord le bateau devient défaitiste ; on y lit La Vague, Le Journal du Peuple. Toute la journée on entend murmurer. Il y a de quoi avoir le cafard. » Le 22 mars, en rade de Brindisi : « Les nouvelles de Russie sont bonnes. Les alliés avancent sur tous les fronts. Hier nous avons eu la visite du roi d’Italie à bord. À cette occasion, l’ordre avait été donné de briquer la plage arrière et de faire les tentes. L’équipage a refusé de le faire. Il a fallu que les officiers parlementent un bon moment. Tout s’est fait par la suite. L’équipage est consigné. En ville il y a eu des manifestations au passage du roi, et des femmes ont demandé du pain. » Le 16 juin : « Les permissionnaires qui rentrent de France disent que tout va mal. Les poilus ne veulent plus marcher. Ce n’est pas possible. » Le 27 septembre, il note encore des émeutes de la faim à Brindisi et à Turin. Le 3 novembre : « Je viens de réitérer ma demande pour entrer dans l’aviation. Pour rien au monde je ne veux rester sur ce maudit bateau défaitiste. » Le 16 novembre, l’information est mauvaise : « En Russie, nouvelle révolution ! Kerensky a pu se rendre maître de Lénine. » Il faut la corriger le 2 décembre : « La Russie qui est aux mains de Lénine vient de conclure un armistice avec l’Allemagne. »

Les notes de l’année 1918 sont très brèves, ce qui est peut-être un signe de lassitude. Le 24 mars, il écrit : « Les journaux italiens nous apprennent que Paris a été bombardé. Qu’est-ce que cela veut dire ? Les Allemands seraient donc aux portes de Paris ? On nous l’a caché. Ce n’est pas ça qui va relever le moral du Marceau. » En France aussi, on n’avait d’abord pas compris qu’il pouvait y avoir des canons de très longue portée. En septembre, Joseph revient en France. Le 11 novembre, il est à Saint-Tropez où il mène une vie quasi-civile, et il accueille l’armistice avec enthousiasme. Le 4 février 1919, il se marie avec sa fiancée Alice, qui l’attend depuis 1914 ; le 14 mars, il est libéré des servitudes militaires.

Le témoignage contient également une série de coupures de presse sur le sort du capitaine de frégate Forget, qui commandait le Protet lors du combat naval du 22 décembre 1916. Forget a été « débarqué » pour avoir molli devant l’ennemi. Joseph Madrènes et tout l’équipage l’ont soutenu, montrant qu’il n’avait fait qu’obéir aux ordres. En 1919, Forget a demandé à passer en conseil de guerre, Madrènes est venu témoigner, et Forget a été acquitté. Mais le Protet, sans Madrènes, a joué un autre rôle dans l’histoire : en avril 1919, avec son ingénieur mécanicien Marty, il a été partie prenante des fameuses « mutineries de la Mer Noire ».

Rémy Cazals, octobre 2011

*L’original du témoignage est conservé par la famille. Numérisation aux Archives départementales de l’Aude, cote 28Dv8, où se trouve aussi la fiche matricule 631, cote RW589.

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