Bach, André (1888-1945)

1. Le livre
* André Bach, Carnets de guerre (4 août 1914 – 30 décembre 1916), Vie et mort d’un patriote de la Grande Guerre à Buchenwald, textes établis et annotés par Elisabeth Carlier, Jean-Pierre Carlier et Christian Desplat, Pau, éditions Cairn, 2013, 296 p. Illustrations. Les deux premiers présentateurs sont des petits-enfants d’André Bach ; le troisième est un historien éminent, « auteur d’une quarantaine d’ouvrages et d’environ cinq cents articles consacrés à l’histoire culturelle et institutionnelle, à Henri IV et aux sociétés pastorales à l’époque moderne » (p. 4). Les divers textes de présentation occupent 80 pages ; les carnets de guerre d’André Bach, 120 pages aérées ; les annexes 17 pages ; les notes, 62 pages serrées.

2. Le poilu André Bach
Il est né le 30 octobre 1888 à Paris d’une famille originaire de Moselle ; son père a exercé les métiers de cordonnier, puis photographe, puis épicier. Service militaire en Algérie et au Maroc avec les zouaves en 1911-1912 ; sergent, il a le sentiment d’appartenir à un corps d’élite. Marié en 1913, il se sépare rapidement de sa femme (deuxième mariage en 1920). Employé dans une maison de commerce de tissu, il fait de fréquents voyages d’affaires et parle plusieurs langues. Il est passionné de sport.
Pendant la Première Guerre mondiale, il combat avec le 4e Zouaves en particulier en Flandre, dans l’Aisne et à Verdun. Il devient adjudant, puis sous-lieutenant. Blessé à Douaumont, le 26 octobre 1916, il doit être amputé du bras gauche. Il a rempli 7 petits carnets de notes brèves, qui sont l’objet central de l’édition présentée ci-dessus.
Le sportif se révèle par ses pratiques : football, rugby, vélo, boxe pour ramener des poivrots à la raison. A plusieurs reprises, il souligne qu’il considère la guerre comme un match, par exemple le 5 août 1915 : « Depuis deux jours nos crapouillots font du dégât aux Boches et le match est passionnant. » Mais il y a des soldats qui détestent qu’on vienne troubler leur secteur. Cela conduit André Bach à établir une distinction entre le guerrier, comme lui, qui « fait la guerre », et les autres qui la « subissent » et qui considèrent le guerrier comme « un piqué ». A d’autres moments, en contradiction avec ce qui précède et avec les sentiments exprimés par beaucoup d’autres témoins, il annonce que les poilus acceptent « froidement et résolument » la campagne d’hiver qui s’annonce (juillet 1915) ; plus tard, montant à Verdun en juin 1916 : « Le moral de nos hommes est excellent, l’approche de la bataille les excite et tous sont de belle humeur. » On a l’impression qu’il s’accroche à cette posture de sportif et de guerrier pour pouvoir tenir dans les conditions extrêmes du front. Le moindre petit succès est considéré par lui comme définitif.
Les Allemands ne cessent pas d’être des ennemis à abattre. Mais il admet que les troupes relevées en première ligne avertissent ainsi leurs successeurs : « Oh ceux-là sont tranquilles ou turbulents, etc. » Le 20 mars 1915 : « Les Boches nous fichent la paix pour le moment. » Les Français boivent trop et les gradés doivent savoir reprendre en mains les troupes au repos (22 juin 1916). Un bon conseil aux officiers : « Souffrez avec vos hommes et ne les tracassez jamais » (p. 172).
Après la guerre, André Bach devient journaliste, en particulier à L’Indépendant de Pau, de 1936 à 1940. En 1932, il avait publié Là-Haut, un livre rédigé à partir de ses carnets et de ses souvenirs. Résistant, il est arrêté le 9 août 1943 par la Gestapo. Il aurait transporté du courrier et participé à une filière d’évasion de juifs vers la Suisse (mais aucune précision n’est donnée sur cette question). De Buchenwald, il revient en France, mais il meurt épuisé par la captivité le 10 mai 1945.

3. La conception du livre de 2013
Quelques pages de Là-Haut sont données dans le livre et on nous dit qu’André Bach y adoptait un « ton badin » pour décrire son expérience de guerre. Un travail intéressant aurait été de comparer systématiquement le contenu des carnets avec la version rédigée plus tardive. Il me semble que cela aurait été une opération plus profitable que de charger le livre de tant de notes (208 notes, occupant 62 pages), certes pleines d’érudition, mais qui présentent quelques problèmes.
La brièveté des phrases d’André Bach impliquait évidemment la présence de notes explicatives. Mais elles sont si nombreuses et si longues qu’en les lisant on perd le fil de la guerre vécue par l’auteur. Les développements sur Louis XIV, l’Ancien Régime, puis sur la Résistance de 1940-44, ne paraissent pas indispensables. Certaines notes redisent de façon redondante ce que l’auteur a écrit. D’autres constituent des affirmations pour le moins trop rapides : « Les Poilus combattaient pour une certaine idée de l’homme et de la France, celle des Lumières et de 1789 » (note 62).
Les notes contiennent quelques erreurs. On voit mal comment le 29 août 1914 marquerait pour André Bach « le tournant de la bataille de la Marne » (note 16). Le 19 juillet 1915, Bach ne peut pas se faire l’écho de la rencontre de Zimmerwald qui aura lieu le 5 septembre suivant (note 66). La mention (28 août 1915) d’un régiment de « Terribles taureaux » appelle cette note : « Les « Terribles Taureaux » : vraisemblablement le nom d’un régiment britannique » (note 79). (Tous les lecteurs familiers de la période 1914-18 savent qu’il s’agit du surnom des territoriaux.)
Il est toujours difficile de transcrire un texte manuscrit ; ici on a l’impression qu’il y a eu quelques erreurs. Par exemple (p. 131) : « Les Boches nous envoient avec une flèche un facteur démentant les mauvais traitements aux prisonniers. » Ne s’agirait-il pas d’un factum ? Et en octobre 1915 (p. 146) : « Quand je vois des récits de l’offensive ou regarde les cartes de Champagne et Yonne, quelle rage de ne pas y être. » On voit mal un poilu évoquer une offensive dans l’Yonne pendant la guerre de 1914-18.
Parfois, on ne sait pas si l’erreur provient de l’auteur ou du présentateur. En note 2, ce dernier reproduit un éditorial d’André Bach dans L’Indépendant des Basses-Pyrénées, le 2 août 1939, à propos des titres de journaux annonçant la mort de Jaurès, vingt-cinq ans auparavant : « Je revois celui que Gustave Hervé – patriote de la veille – affichait en tête de La Guerre sociale : « Ils ont assassiné Jaurès. Ils n’assassineront pas la France » ; « Ils », c’était évidemment, aux yeux d’Hervé, les Allemands, mais je n’ai jamais cru que le Kaiser, pas plus que n’importe qui d’autre ait été pour quoi que ce soit dans l’assassinat de J. Jaurès. » Et le présentateur d’ajouter : « A. Bach n’était sans doute pas aussi ignorant qu’il le prétendait. » En fait, si la citation du journal de Pau est reproduite correctement, elle contient plusieurs erreurs. D’abord, le titre en première page du journal d’Hervé était : « Ils ont assassiné Jaurès – Nous n’assassinerons pas la France. » Ce qui voulait dire : les ennemis de Jaurès, de droite et d’extrême droite, l’ont assassiné ; nous, socialistes, nous participerons cependant à la défense de la France. C’est une idée bizarre de penser que les Allemands avaient assassiné Jean Jaurès. Par contre, dire que personne n’ait été pour quoi que ce soit dans ce crime, c’est se laisser entraîner par sa plume.
Rémy Cazals, août 2014

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