Méche, Louis (1891-1964)

Né à Roquefère (Aude) le 3 septembre 1891 dans une famille d’ouvriers agricoles, il travaille avec son père au service d’un propriétaire terrien jusqu’à l’âge du service militaire en 1911. Le 7 août 1914, il décrit son départ de Narbonne avec le 80e RI, sous les acclamations, tandis que des femmes et des vieillards essaient de cacher leurs pleurs. Son baptême du feu a lieu le 13 août en Lorraine. Le lendemain, lors de l’attaque d’Igney, il voit les premiers blessés et les premiers prisonniers. Au passage de la frontière de 1871, le général prononce ces paroles : « Mes enfants, rappelez-vous que vous êtes français, et que la terre que vous allez passer a été française. Aujourd’hui, vous êtes les maîtres. Qu’il n’existe donc plus de poteau frontière entre la France et l’Allemagne. » Louis Mèche poursuit : « À ces paroles prononcées par la bouche de notre grand chef, six gaillards robustes saisirent l’arbre de fer portant la plaque avec l’aigle allemand et en un instant il fut renversé. » Mais le régiment doit battre en retraite : « À partir de ce moment, j’ai ignoré quel était le jour de la semaine que je passais, ni la date, ni l’heure. Ne dormant plus, mangeant seulement que lorsque les circonstances le permettaient, ne trouvant plus d’eau pour boire que celle que l’on trouvait dans les trous d’obus dans les champs, se cachant pendant le jour, marchant seulement la nuit et à travers les grands bois de la Lorraine, ne se souciant pas plus du mauvais temps que du beau, bravant l’orage et la tempête, confondant parfois le bruit du tonnerre à celui du canon. »
Le 29 août, le régiment repart à l’attaque. Une patrouille ramène un soldat allemand blessé : « Il était de mon âge et bavarois, je lui fis moi-même le pansement. Il me remercia. Il nous dit qu’il avait faim. Nous lui donnâmes du pain et une boîte de viande de conserve. Un puits se trouvait non loin de là ; nous allions lui chercher à boire. Je ne sais s’il fut touché de la bonne rencontre qu’il avait faite, mais il étendit son manteau, s’y coucha dessus et pleura. Je cherchais à le rassurer, croyant qu’il avait peur qu’on lui fît du mal. Il me montra le portrait d’une jeune femme, c’était sans doute sa fiancée. Il versa d’abondantes larmes sur ce portrait, je compris qu’il lui était cher. Je fus ému de pitié pour ce jeune homme, j’aurais voulu le consoler mais, ne se comprenant pas, mes paroles furent vaines. »
Les notes de Louis Mèche conservées s’arrêtent en décembre 1914. Capturé le 30 octobre 1915, il est interné au camp de Giessen où il raconte sa campagne sur des cahiers, dont les deux premiers ont été retrouvés par son petit-fils, Jean-Bernard Gau. Celui-ci ajoute que son grand-père a été fortement marqué par la guerre. Libéré, il épouse en 1919 une orpheline placée pour travailler chez sa marraine de guerre. Le couple s’installe à Roquefère, et Louis devient menuisier aux mines de Salsigne, puis artisan ébéniste dans son village natal, où il meurt le 18 décembre 1964. Des extraits de ses cahiers ont été publiés dans le recueil collectif de témoignages audois sur la Grande Guerre, Années cruelles.
Rémy Cazals

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