Maillard, René (1873-1934)

1. Le témoin

René, Joseph, Albert Maillard est né à Saint-Biez-en-Belin, canton d’Ecommoy, département de la Sarthe, le 10 juillet 1873, dans une famille de cultivateurs. Engagé volontaire pour trois ans le 4 octobre 1892 à la mairie du Mans pour le 66e régiment d’infanterie. Clairon en octobre 1893. Caporal clairon en novembre 1894. Libéré du service en septembre 1895. Entre cette date et août 1914, il se marie, il a au moins une fille, il exerce la profession de cultivateur. En 1914, il a 41 ans. Il est appelé par le décret de mobilisation générale comme garde-voie, du 12 novembre au 12 janvier 1915. Rappelé à l’activité le 3 mars. Le corps n’est pas clairement précisé, peut-être le 28e Territorial. Son carnet le montre réalisant des travaux (abris, sapes, boyaux), exposé au danger, mais sans combattre. Il passe infirmier le 18 janvier 1917. Il est détaché agricole le 12 septembre 1917. (D’après sa feuille matricule aux Archives de la Sarthe, cote 1R 1055, demandée par la famille, et diverses indications tirées de son carnet. La feuille matricule contient cependant une erreur sur sa date de naissance. Un René Henri Maillard est né dans la même commune le 21 août 1873. Cette date a été notée sur les feuilles matricules des deux hommes, mais 1R 1055 correspond bien à René Joseph Albert). Ce dernier est décédé à Ecommoy le 24 février 1934.

2. Le témoignage

Le seul texte conservé par la famille figure sur un carnet de format 15 x 9,5 cm, à l’italienne. Il couvre la période du 29 mai au 23 septembre 1916. Ecriture au crayon, difficilement lisible. Bonne orthographe. La règle a été de remplir chaque jour une page d’une quinzaine de lignes. Quelques journées plus importantes occupent deux pages. Le carnet est la propriété de Mme Catherine Imbert, 6 rue Jean XXIII, 95600 Eaubonne. Il est venu au jour à l’occasion de l’exposition de carnets de combattants réalisée par la Médiathèque d’Eaubonne en novembre 2008.

3. Analyse

Dans un texte parfois illisible, on peut noter quelques passages.

2 juin : dégradation d’un soldat du 14e RI.

7 juillet : « On dit que le général Antoine [Anthoine ?] a fait brûler 1500 lettres du Corps d’Armée. »

9 juillet : « Manon [?] m’écrit que le foin est tout en dedans. »

10 juillet : « Jour de mes 43 ans et me voici encore soldat pour le salut de la France, et toujours au repos dans l’Oise. […] La haine que j’ai contre ces sales Boches me donne l’ardeur de les combattre. » [Il est donc né le 10 juillet 1873, c’est ce passage qui a permis de corriger l’erreur.]

12 juillet : « Les hommes de la 7e escouade sont ivres. Le lieutenant Bellanger [?] vient de les faire taire. Le moment est critique. Il me semble que nous en verrons de cruelles. »

14 juillet : « On revient se coucher sur un peu de paille, 6 bottes pour la Cie, que le lieutenant Bellanger [?] a payées 36 sous. » A cette date, son unité arrive sur le front de la Somme, près d’un village nommé Le Quesnel. Maillard dirige son escouade pour faire creuser des boyaux et des sapes, construire des abris. Les hommes ne combattent pas, mais ils sont sous les obus et les gaz.

16 juillet : « Le commandant [Herenburg ? Hidenbourg ?] dit en revenant, voyant un pauvre cultivateur herser : Ne faudrait-il pas un coup de canon sur cet attelage, pour labourer un dimanche ? Toutes ces choses vous font mal au cœur. Ce soir nous devons avoir repos. »

21 juillet : « Ma chère petite Manon [?] m’apprend le succès de ma fille. » [certificat d’études ?]

31 juillet : « La guerre devient terrible. »

2 août : « Je suis tellement fatigué que je n’en puis plus. »

3 août : « Partis ce matin à 4 heures. J’ai la fièvre mais je veux faire mon devoir car il n’y a rien pour se soigner et le repos consiste à être de garde ou travaux dans le cantonnement. Nous voyons des choses ignobles au sujet des officiers qui vivent comme des seigneurs. »

10 août : il est proposé comme sergent, mais cela n’aboutira pas.

12 août : allusion aux beaux blés qui couvrent les alentours, et personne pour les ramasser.

13 août : « Aujourd’hui dimanche, mais on ne s’en aperçoit guère. Les travaux et services sont les mêmes, sans jamais de repos. Les choses sont écœurantes. Chaque officier a un chien, petit ou gros, et ils ne s’en font pas, ils se nourrissent bien au dépourvu [?] de nous autres, pauvres poilus. »

14 août : « Nous continuons les travaux du Génie. »

18 août : « Il y a deux hommes du 139 […] punis de prison pour n’avoir pas exercé leurs armes sur des poilus en rébellion. Tout ceci est triste. »

26 août : « Au travail toute la journée. Beaucoup d’hommes vont à la visite ce matin, exténués de fatigue. »

4 septembre : « Rencontrons toujours des prisonniers et des blessés, nous enjambons les morts dans les boyaux. »

5 septembre : « Je cueille 8 prisonniers que j’amène à mon poste ; ils me donnent des cigares, cigarettes, une bouteille de liqueur ; ils sont heureux. »

Le 13 septembre, il est évacué, ayant la gale. A l’hôpital, il signale le bonheur de dormir dans des draps. Il accorde une grande importance à la possibilité de se laver, de changer de linge et de vêtements. Le traitement de la gale comprend de l’oxyde de zinc. Il est rapide puisque le retour à la tranchée a lieu le 19 septembre. Son absence a duré à peine une semaine, et il a 4 colis et 19 lettres qui l’attendent. Il part en permission le 22 septembre 1916, et le dernier texte est du 23. S’il a repris son récit, c’est sur un autre carnet qui n’est pas conservé.

Rémy Cazals, avril 2009

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