Max REIL, Journal de guerre. Un soldat allemand au Ban-de-Sapt. Janvier à juin 1915, Ban-de-Laveline, Association Sportive et Culturelle de Ban-de-Laveline, (nd) 2026, (np) 58 pages.
Résumé de l’ouvrage :
Max Reil a 20 ans lorsqu’il fait en 1914, son service militaire. Il est affecté à la déclaration de guerre au 14ème Bataillon d’infanterie de Réserve bavarois et arrive à Strasbourg le 22 janvier 1915. Il arrive en ligne, dans les Vosges, le 25, et intègre le secteur du Moulin de Lavaux, entre Senones et le champ de bataille de la Cote 627 de La Fontenelle. Il y découvre la vie en première ligne, qu’il faut organiser. La vie y est dangereuse, rendue menaçante par un ennemi qui pratique la même guerre d’embuscade et de coups de main dans un inter-front tout aussi dangereux, même en dehors des attaques qui s’allument ponctuellement. Son court témoignage s’arrête sans information le 28 juin 1915.
Commentaires sur l’ouvrage :
Max Reil est né le 22 juillet 1894 à Regensburg, en Bavière (Allemagne). Incorporé au 14ème bataillon d’infanterie de Réserve bavarois, il intègre les Vosges en 1915 puis est transporté en Picardie, sur La Somme, en Flandre belge et en Lorraine, avant d’être placé en repos en Bavière en juillet 1918. Après la guerre, il épouse Maria, la sœur d’un ami, décédé de maladie en juillet 1916, avec laquelle il aura un fils, Hermann (1928-2020). Commerçant de formation, il tient les fonctions de fourrier de son unité puis, la paix revenue, fera carrière dans la firme Kathereiner’s Malzkaffee (grossiste en produits d’épicerie) dont il deviendra mandataire commercial. Il meurt le 20 avril 1972.
Il tient un journal de guerre sténographié dont seule la partie « vosgienne » a été publiée dans un opuscule non daté, non paginé et tiré à très peu d’exemplaires par l’ASCB (Ban-de-Laveline, Vosges). Max Reil dit faire de la photographie et connaitre les papillons (il cite morio et appollon). En mai, il indique des « travaux d’écriture chez l’adjudant. J’ai été inscrit comme interprète pour d’éventuels transferts de prisonniers » et des sténogrammes, semblant indiquer qu’il parle français. Il nourrit quelques contacts avec la population des villages occupés environnants.
L’intérêt de cette publication même partielle réside dans la localisation de Max Reil sur cette partie du front des Vosges, très peu documentée dans les témoignages, surtout allemands. À l’étude de quelques 5 mois de guerre, il appert que les contacts avec l’ennemi français sont bien plus courants que dans la majorité des témoignages, soit par provocations, soit par échanges (chants), soit par attaques individuelles ou collectives. Sa guerre est éminemment dangereuse ; il manque d’être tué à plusieurs reprises, telle le 23 mars 1915 quand il dit « j’ai essuyé trois coups de feu, une balle est passée à ma gauche, une autre entre les jambes, la troisième a effleuré ma casquette » (page 20). Enfin, la vie quotidienne du front, avec ses petits « arrangements » avec une certaine réalité (il « triche » parfois avec certaines vérités) et les relations complexes tant entre soldats qu’avec le commandement qui manie la punition en fonction des comportements.
Renseignements tirés de l’ouvrage :
Page 7 : Voit les projecteurs de Strasbourg
9 : Manteaux blancs
10 : Voit les projecteurs de Toul et de Verdun
: Manque d’être tué faute d’avoir dit le mot de passe
11 : Projecteurs
: Etonnement d’une jument ayant mis bas sans « prévenir »
12 : Réalise une râpe à pommes de terre et astuce pour faire du café.
: Voit une belette
13 : Attrape un renard
14 : Tir ami, mensonge sur les circonstances de la mort
: Touche sa paye (4 marks 48)
15 : Minage
: Ennemi lâchant une douzaine de chats dans les positions pour faire diversion
16 : Agite son casque pour dire qu’il n’a pas été blessé
: Postes doublés à cause de la neige
: Liaison avec la population de Ménil, percée française, exhortation à ne pas abandonner
17 : Désertion d’un artilleur
: Creusement d’une latrine, mais en fait un poste d’officier !
: Médaille de la vaillance
18 : Nuque raide
: Tentative de meurtre
: Rixe, construction d’une prison
: Français ayant volé un dévidoir à barbelé, exposé ostensiblement après avoir été vidé
: Luge… de bière
19 : Vends un fusil français pour 2 marks et 2 mesures de bière de Munich
: Nez rongé par un rat
21 : Soldat ventriloque
: Français étranglé
24 : Voit ses premiers français
: Contacts (chants) (vap 42)
25 : Récolte de la sève de boulot pour la boire
27 : Propagande : « en cas de capture par l’ennemi, d’annoncer une attaque appuyée par un corps entier »
: Labourage d’un civil à Ménil « on ne sait faire autrement ici »
28 : Se fait accompagner de civils occupés (Ménil) pour ne pas être pris pour cible par les français
: Prix du beurre à Ménil : 1,68 marks les 650 grammes
29 : Saleté vosgienne et description anthropologique de vosgiens, vus comme des hollandais
31 : Il donne « l’impression que la position était difficile à tenir » pour impressionner le général Falkenhausen
32 : Impressionné par une explosion de mine qui fait voler la terre à 100 mètres de hauteur (vap 34)
: Fille de Ménil tuée par un tir française et enterrée dans un jardin
: Exercice de brancardier
33 : Terrorisé par un obus : « La terreur est encore visible sur nos visages »
34 : Joue à l’ours mendiant
: Déterre des obus pour récupérer les ceintures
35 : Pillage de Pranzieux
: Rapporte l’assassinat du lieutenant Wild « du fait de sa sévérité »
36 : Homme attaché à un arbre parce qu’il est saoul
: Médaille d’or
: Chaussures enchiffonnées
37 : Tentative de meurtre et suicide, exercices à titre de punition
: Nombreux volontaires pour aller combattre en Italie
38 : Franzmann
39 : Forêt neutre
: Presque corps à corps d’un combat de patrouille
41 : Observateur français dans un arbre descendu
: Peur d’un renard qui a pris pour un français
43 : Les obus français n’explosent pas pour moitié
44 : Pas de tir sur les ennemis quand ils travaillent
45 : Refus d’obéissance
46 : Contremine victorieuse à 627, erreur d’un major
: Mutinerie : « Un homme a été puni de 14 jours de prison pour avoir dit à un officier : « pour l’assaut, ceux de l’arrière n’auront qu’à marcher devant »
: Drapeaux et fusées de couleurs signalant les positions pour l’artillerie
47 : Français fou attaquant « en chaussettes » !
48 : Chiffres sur l’attaque allemande de La Fontenelle du 23 juin 1915 : 193 prisonniers, 1 mortier de tranchée, 3 mitrailleuses (fin 49)
50 : Camp Jacobi, constitué avec le matériel des casernes de Senones
Yann Prouillet, octobre 2026