Courtin-Schmidt, Charles (1871-1963)

1. Le témoin

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Charles Courtin-Schmidt (Nord, 1871 – Remiremont, août 1963). Journaliste à Nancy de confession protestante, il publie un ouvrage de tableaux de guerre malgré l’annonce de deux autres livres dont « La Grande Guerre racontée par un paysan » et « De la Moselle à l’Oise. 2e série de reportages de guerre » jamais parus semble-t-il. Il participe à la réalisation d’un livre martyrologe sur Gerbéviller et écrit en 1941 un ouvrage sur la commune vosgienne de Remiremont. Directeur de l’Union républicaine de la Meuse à Verdun en 1902, il sera directeur de l’Industriel Vosgien de 1906 à son sabordage en 1940. Il est à sa mort le doyen des journalistes vosgiens et de la presse de l’Est.

2. Le témoignage

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Charles Courtin-Schmidt, De Nancy aux Vosges. Reportages de guerre. Dupuis (Nancy), 1918, 265 pages, illustré de croquis de Prouvé, Ramel, Gassier et Bils.

Moins un témoignage qu’un recueil de tableaux de guerre, la datation des « Reportages de guerre » s’étale toutefois du 7 août 1914 au 30 mai 1915.

3. Analyse

L’auteur se voit confier par le maire de Nancy, monsieur Laurent, la mission de trouver du lait dans les campagnes environnantes. Cette tâche va être pour lui le prétexte à visiter la zone des armées et à tenter de se rapprocher le plus possible du front afin de réaliser des reportages de guerre. C’est l’objet de son premier trajet qui l’emmène à Neufchâteau le 7 août 1914. Un peu loin du front, Courtin-Schmidt nous montre des G.V.C. et les campagnes environnantes, qui ont vu tant de conflits. Un petit incident émaille le fastidieux trajet en terre Lorraine mais l’auteur s’en confie ; « nous n’avons pas éprouvé la sensation que nous étions en guerre » (page 23). Alors on discute et l’on se souvient des guerres passées et des exactions allemandes qui se seraient produites depuis le début du conflit. Puis il faut rentrer sur Nancy, la mission accomplie. Le second voyage, le 26 septembre, le rapproche de ce front inconnu alors qu’il se rend à Remiremont en passant par Lunéville occupée du 28 août au 12 septembre et encore sous le choc d’un joug terrible. Il visite aussi Saint-Dié, elle aussi Allemande pendant 16 jours. On y parle de l’héroïque prise du drapeau de Saint-Blaise, en Alsace, pour poursuivre par Corcieux puis par un peu de tourisme à Gérardmer avant un retour par Rambervillers et les lieux de combats de la Mortagne, où tout n’est que « ruine et famine !« . Nouveau voyage le 30 octobre dans le Toulois et le pays de Haye qui ont vu l’Allemand et où on peut parler de la guerre que l’on a subie de plus ou moins près. Là, il est difficile à l’auteur de faire la part de la fiction et de la réalité dans les témoignages entendus mais cette visite rapprochée lui permet de côtoyer le vrai front ! Sous escorte, il peut voir de près un campement et des soldats endormis qui partent bientôt en patrouille. Mais il faut revenir, malheureusement trop vite, au village calme de l’arrière. Le lendemain, nouveau voyage, très court, vers Moncel-sur-Seille, sur les traces des combats de Champenoux. Autre périple, le 8 novembre à Gerbéviller, pour constater et rapporter l’horreur sans nom : « Mes yeux n’en croient rien ! Est-ce là Gerbéviller ? » (page 151) et de redire les actes de barbarie des tueurs d’enfants et de vieillards qui se sont déroulés ici dans les derniers jours d’août 1914. Là, moult témoins bavards et encore horrifiés de ce qu’ils racontent… « Mais voici que sonne l’heure du départ. Notre pèlerinage est terminé. En route ! » (page 175). « Des amis d’Epinal m’ont informé qu’ils avaient à remplir une mission administrative, dans la région de Raon-l’Étape et de Saint-Dié. Le voyage sera très intéressant au point de vue documentaire » (page 177). Alors, le 8 décembre, nouvelles péripéties en perspective entre Epinal et Raon-l’Étape où l’on peut recueillir des anecdotes à rapporter. Passage trop rapide derrière le front vers Senones où l’on entend (tout de même) le son du canon et l’équipée arrive à Saint-Dié où se sont produites les pires horreurs qu’il faut vite dire pour que le monde connaisse. 1er janvier 1915. La guerre va-t-elle finir cette année ? 10 janvier, un journaliste anglais veut voir Baccarat. Courtin-Schmidt rapporte son épopée et se souvient lui aussi qu’il a vu les ruines de cette ville elle aussi martyre. Une nouvelle petite visite à Raon-l’Étape où l’auteur, « bien que maintenant habitué à la vision des ruines… parcours une nouvelle fois les quartiers dévastés » (page 222). « Il est avéré que… » et de rapporter les ignominies ennemies des vols organisés et autres anecdotes révélatrices avant de repartir. 10 mars, visite en plaine de la Woëvre où l’on voit de la boue ! 18 avril, la « Comédie Lorraine » vient de donner l’Ami Fritz et il faut parler de cette excellente reprise de la pièce d’Erckmann et Chatrian (1864). 30 avril, il faut aussi parler des colis gratuits envoyés aux poilus du front et du spectacle des mères aussi héroïques que leurs enfants, « qui confectionnent presque chaque jour le petit paquet qui doit porter à la tranchée le souvenirs toujours présent du foyer familial » (page 248). Le 30 mai 1915 enfin, Courtin-Schmidt décrit un poilu rencontré dans une carriole cahotante et qui parle du front en héros victorieux, comme on s’y attend. A l’instar de Gómez Carillo, cet ouvrage étend quelque peu la notion de littérature testimoniale. A noter quelques illustrations, des reproductions de proclamations allemandes et les descriptions, certes légères, des cités traversées dans ses « voyages« .

4. Autres informations

Rapprochement bibliographique

Cet ouvrage est à rapprocher de celui de Enrique Gómez Carrillo Parmi les ruines. De la Marne au Grand Couronné. Paris, Berger-Levrault, 1915, 381 pages.

Bibliographie de l’auteur

Collège d’auteurs Gerbéviller-la-Martyre. Documentaire. Historique. Anecdotique. Nancy, L’imprimerie Lorraine, 1918, 64 pages.

Informations archivistiques : voir trois notices bibliographiques (ADV JPL 1106/63, 1031/3 et 1103/89).

Yann Prouillet, juillet 2008

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